Nous allons apprendre à composer un blues, qui est l’une des musiques les plus populaires. 

Dans un précédent article, j’ai développé des idées à la pelle pour enrichir vos improvisations dans ce style. 

Aujourd’hui, nous parlerons de composition, car avant de se lancer dans un solo, le thème doit d’abord être exposé.

De plus, le blues est devenu avec le temps plus qu’un style : c’est une forme musicale.

Dans n’importe quel pays, si vous proposez à un musicien ou une musicienne jouer un blues en mi, vous n’aurez pas besoin de discuter pour être au courant du nombre de mesures ou des bons accords à jouer.

Tout le monde sait ce que ça veut dire. 

Vous pouvez arriver et juste dire « hey ! Je viens de composer un blues, vous êtes partant ? »

C’est une aventure qui ne se refuse pas, non ? Alors, allons-y. 

Nous allons donc explorer plusieurs manières de composer un blues au piano. Voici un lien pour télécharger 3 compositions blues au piano (Piano blues PDF) qui vont vous aider à mettre en pratique les contenus de l’article. 

Une composition de qualité produit quels effets ?

Elle reste dans les oreilles et les esprits. Elle demeure en tête et donne envie d’être chantée et jouée. Pour cela, elle doit être suffisamment simple et marquante. Vous devez chercher l’efficacité. 

Un bon blues crée le désir d’improviser. Sa matière musicale va stimuler votre imagination, générer des idées, amener de l’excitation et la soif de jouer. 

Pour résumer, vous devez trouver un thème mémorable et inspirant. 

Pour y arriver, je vais vous inviter à manier des techniques qui ont fait leurs preuves : celles utilisées par les meilleurs musiciens et musiciennes qui jouent cette musique. 

Le blues, une forme en 12 mesures

Je vous le disais plus haut, le blues est associé à une forme standard qui pourra être plus ou moins modifiée. 

(Tiens, ça me donne une idée : seriez-vous intéressés par un article qui parlerait des aspects inhabituels du blues ?)

La structure basique contient 3 accords construits sur le premier, le quatrième et le cinquième degré de la gamme. Il s’organise sur 12 mesures. 

Si on veut jouer un blues en do, voici le résultat :

Accords blues facile au piano

Notez que l’accord du IV° degré de la seconde mesure est optionnel. il n’est pas rare de jouer plutôt un accord de I°. 

Dans le jazz, le squelette de grille utilisé diffère quelque peu. Deux nouveau accords apparaissent : le ii et le VI. Ils vont former un “2 5 1” et un “turn around” pour conclure la grille. 

Accords blues/jazz facile au piano

La forme blues est présente dans de nombreux styles musicaux

Ce qui est fabuleux c’est que cette forme ultra simple est jouée dans un grand nombre de styles musicaux (boogie-woogie, le rock’n’roll, le jazz, le funk…). 

Écoutons quelques extraits, en étant attentif à la succession des accords. 

Ici nous avons deux grands classiques du Rock ‘n’ roll composés par Little Richard. Dans Lucille on entend bien la suite d’accords avant l’entrée de la voix. Dans Tutti Frutti, avez-vous étés intrigué·es par la troisième grille d’accords ? On en reparle plus loin 😉

Dans ces deux titres,  vous pouvez repérer qu’à la seconde mesure il joue un accord de premier degré. 

Dans ce titre de James Brown, la grille d’accords est la même, mais certains aspect de la composition sont différents. On y reviendra. 

Ici on entre dans le jazz avec un thème plus sophistiqué d’Horace Silver avec d’abord une longue introduction puis l’exposition du thème joué deux fois et enfin le début de solo du trompettiste Blue Mitchell

Dans cette première écoute on s’est focalisé sur les enchainements d’accords. Intéressons-nous à présent à un autre aspect. 

Le Riff au cœur de la composition

Écoutons-les à nouveau, cette fois-ci pour la ligne mélodique. 

Qu’avez-vous repéré ?

Le point commun de tous ces thèmes, c’est qu’ils emploient des motifs mélodico-rythmiques répétés appelés riff. 

Un riff, c’est quoi ?

C’est un motif musical, plutôt court, plus ou moins mélodique, mais la plupart du temps avec une rythmique marquée. Il est conçu pour être reproduit, entêtant, générer beaucoup d’entrain et d’énergie. 

On peut s’en servir pendant une improvisation, pour accompagner la personne qui joue le solo ou pour composer. 

Dans beaucoup de musiques, on utilise les riffs pour composer et pas seulement sur des formes blues. On en trouve dans le rock, le funk, la techno et bien d’autres. 

Voici les partitions des riffs utilisés dans ces titres. Parfois ils sont un peu modifiés un peu par les artistes. Pour rendre la comparaison plus facile, je les ai écrits en do. 

Les work-song à l’origine du blues

La manière d’utiliser ces riffs dans le blues vient des work-song (chants de travail des esclaves noir·e·s en Amérique).

Ces motifs sont organisés comme des questions/réponses. Un leader donne le motif repris par le groupe. Cela produit de l’entrain, de la motivation et synchronise les mouvements

En voici un exemple de work-song enregistré dans une prison en 1934, par John et Alan Lomax. On y entend bien l’alternance du « lead » et du groupe qui répond en répétant la proposition.  

On retrouve aussi le système questions/réponses dans les chants religieux (spiritual, gospel). Dans ces situations il y a également une personne qui mène, qui donne une mélodie à un groupe qui la reproduit. Ce procédé participe à la montée en puissance de la ferveur. 

Voici une vidéo pédagogique sur le sujet dans le gospel : Call and Response in Gospel Music

Dans le blues c’est un peu différent, car souvent le ou la soliste se répond à lui-même. La dimension est individuelle plutôt que collective. Le blues permet de raconter notre histoire, notre singularité. 

Parfois, cette question-réponse existe entre le chant et l’instrument (au départ la guitare). 

Voyons ces procédés avec plus de détails. 

Composer avec un riff sans changer la hauteur des notes

Si vous trouvez un bon riff, il doit pouvoir être joué pendant toute la grille et bien sonner sans aucune modification ou très peu. Pour composer un blues de cette manière,  l’approche la plus simple se situe dans l’emploi de la gamme blues. 

La voici en do : do mib fa fa# Sol Sib 

Je vous invite à visionner cette vidéo dans laquelle je montre comment utiliser rythmiquement la gamme blues (blues : jouer avec le rythme). 

Voici une proposition de riff sur une grille de blues en do. Ici je ne change aucune notes, la gamme blues fonctionne tout du long. 

Exemple de composition blues en utilisant un riff

Voici une seconde proposition basée sur le riff précédent. Mais cette fois-ci j’y apporte une légère modification de note. Le mib devient sur l’accord C7 : un mi♮. Le mib fonctionnait bien car c’est une blue note mais le mi♮est la tierce de l’accord.  

 

Exemple de composition blues riff

Avec cette méthode, on intègre  de mini variations, tout en gardant le riff au même endroit. 

Composer avec un riff transposé

Une autre façon d’utiliser un riff c’est de le transposer avec le changement d’accords. 

Prenons le riff précédent mais cette fois-ci, je vais modifier la note de départ en fonction des accords. Sur F7, au lieu de do je démarre le riff sur la. note fa qui est la tonique de l’accord.

J’ai gardé la structure du riff en modifiant la note de départ (do devient fa).

On va procéder de façon identique en partant de pour sol pour l’accord G7.

Avez-vous remarqué que j’ai modifié un peu structure du riff sur la dernière ligne ?

Comme le rythme harmonique s’accélère, je n’ai gardé que le début du riff pour construire un motif d’une mesure qui suit la descente d’accords.

J’ai aussi remplacé l’accord F7 de la deuxième mesure par un C7 pour rendre l’ensemble plus cohérent. 

La forme mélodique ABA'B'

Pour le moment je vous ai proposé des riffs écrit sur 2 mesures. Je vais vous montrer comment construire un riff plus long, sur 4 mesures

Reprenons le riff précédent. 

 Il va être répété en mesure 3 et 4 mais avec une variation. Traditionnellement on la fait sur la mesure 4 mais on peut la faire aussi sur la mesure 3.  

Ça pourrait donner ça :

Je n’ai modifié qu’une seule note : la dernière. Cela crée un effet “question réponse” au sein du riff. 

Il est possible de faire des modifications plus importantes comme ceci :

Un exemple de riff en 4 mesure

Cette fois-ci, j’ai changé le rythme et les notes de la mesure 3 ainsi qu’une note de la mesure 4. 

Question, réponse, commentaire

Jouer un riff d’un bout à l’autre de la grille, fonctionne bien. C’est un procédé très utilisé nous l’avons constaté.

Vous allez découvrir maintenant comment rendre la composition encore plus intéressante. 

Nous avions vu précédemment la notion de question-réponse issue des work-song mais aussi dans l’écriture d’un riff. On va voir comment ce principe est déjà présent dans toutes les exemples qu’on à vu. 

Dans la forme du blues et 12 mesures, la question est posée pendant les 4 premières mesures et la réponse sur les 4 suivantes.

Pourtant, vous savez que dans un blues riff la mélodie est souvent la même. Pourtant si vous écoutez ou jouez un blues riff vous sentez que pendant les mesures 5 à 8 le motif ne sonne pas pareil

Pendant cette réponse,la mélodie peut ne pas avoir changé, mais pourtant l’effet produit est différent.

C’est la modification d’harmonie qui en est la cause. Les mêmes notes jouées avec des accords nouveaux ne sonnent pas pareil.

Ça, c’est une technique d’improvisation et de composition redoutable. 

On peut jouer sur l’harmonie pour changer l’effet d’une mélodie et ainsi créer une réponse aux 4 premières mesures. 

Une autre manière de créer une réponse, c’est construire une variation. Vous pourriez par exemple utiliser la technique ABA’B’ vue juste avant. 

Une fois la question posée et la réponse donnée, de quoi a-t-on besoin ?

D’une conclusion bien sûr.

On peut considérer cette conclusion comme un commentaire de l’échange précédent. Ainsi c’est l’occasion d’introduire un motif complètement autre. 

Dans le blues, ce commentaire arrive à la neuvième mesure et dure la plupart du temps 2 mesures, mais parfois 4 mesures.

En utilisant cette forme, la composition devient moins répétitive, amène une respiration et donne aux solistes du matériel supplémentaire pour improviser. 

Voici un exemple de composition qui utilise cette forme musicale :

Dans cette conclusion, les deux dernières mesures possèdent un rôle particulier.

Réécoutez aussi Filthy mc Nasty d’Horace Silver dont j’ai mis l’extrait plus haut. Les 4 dernières mesures sont juste incroyables. 

Comment utiliser les deux mesures clôturant la grille ?

Ces deux mesures servent à plusieurs choses. 

Elles peuvent marquer la fin de la structure par un break, c’est-à-dire un arrêt de la rythmique. 

Cet arrêt donne un repère temporel. Ceci peut aider à nous repérer, surtout avec un thème très répétitif. C’est un endroit ou le batteur aura une fonction dans la ponctuation du morceau. En marquant ce repère, on pouvoir relancer une nouvelle grille. 

L’ouverture d’un espace de silence peut être aussi investi par les solistes, on appelle alors cela un stop chorus. 

Cet espace peut faire partie du thème ou être libéré lors du deuxième exposé qui conduit aux solos. 

Parfois ce break permet aux musiciens d’annoncer la fin du morceau en jouant une phrase de conclusion. Ce sont des phrases types qui sont connues es musiciens. Elles le sont tellement, qu’en jam tout le monde va les suivre, juste en entendant les premières notes. 

En voici une qu’on utilise aussi beaucoup dans le jazz. Elle nous vient de Duke Ellington

Exemple de phrase de fin typique d'un blues ou d'un morceau de jazz

S’il n’y a pas de break, les dernières mesures utilisent souvent le riff de base, qui sert, soit à relancer une grille, soit à terminer la composition. 

Vous pouvez réécouter Tutti Frutti, Lucille ou I feel good pour repérer ces breaks de fin de grille et comprendre leur utilisation.

Écoutez aussi les 2 dernières mesures Filthy mc Nasty d’Horace silver. Elles sont très efficaces pour conclure le morceau, par exemple en ralentissant un peu le tempo

J’ai composé pour vous

Vous détenez à présent de nombreux éléments pour composer vos propres blues.

Vous possédez aussi de multiples outils de construction mélodique.

J’ai écris pour vous : 3 blues à partir d’un même motif. je les ai développés en 3 niveaux de complexité. 

Vous les trouverez sous forme de une partition numérique. Si elle vous intéresse, vous pouvez la télécharger ici : Piano Blues PDF

Pour aller plus loin, allez faire un tour sur cette vidéo que j’avais mis en ligne sur le même thème il y a quelques temps. 

Cet article a 6 commentaires

  1. Adelin

    Merci pour ton article. Je viens de découvrir ton blog, je le mets dans mes favoris. Je reprends gentiment la composition de musique et tes articles vont sans doute beaucoup m’aider.

    1. Jean-Christophe

      Ravi que cela puisse t’aider un peu 😁

  2. Je découvre cet article musical avec beaucoup de plaisir. Il est bien plus parlant aux musiciens mais on peut tous y apprendre des pépites.

  3. Y-Lan

    waw, ça me donne tellement envie de me remettre au piano ! je n’ai fait que du classique jusqu’à présent mais je chante en jazz alors ça me parle.

    1. Jean-Christophe

      Une chanteuse jazz qui s’accompagne au piano c’est top. Je crois que tu vas devoir te remettre au piano 😉

Laisser un commentaire